2ème Cendre / J-09 / Un petit coup de pouce
7/10/2008
« Le destin mêle les cartes et nous jouons » disait Arthur Schopenhauer. J’ai tiré une mauvaise main dès le départ, et malgré mes pioches successives, je me suis vite aperçu que la vie est un jeu à la fin duquel on se retrouve inexorablement seul. Et puis un soir, il peut arriver qu’une main pourrie devienne un jeu maître. Un soir, j’ai tiré un Joker…
Résumé rapide en quelques épisodes. En dehors des mecs comme Geoffrey, ce qui me gonfle, c’est les mecs pires que lui. Ceux qui sont un peu plus vieux, et qui harcèlent les plus jeunes, ou les tabassent. Juste pour le plaisir ; ça doit être tellement gratifiant. On doit se sentir si fort, et surtout si digne.
A cette époque, on est en tout début de seconde, et à ma grande joie je me retrouve dans le même lycée que Geoffrey, dans la même classe. Comme quoi même une limace peut avoir le niveau pour intégrer un lycée. Même dans ce genre d’animal il y aurait un cerveau suffisamment volumineux pour intégrer des notions aussi diverses que monarchie, anaphore, plus grand diviseur commun, politique agricole commune, fusion, courant alternatif, sédiments, past perfect, saut en hauteur, Picasso, syncope et république? En ce jour de rentrée je viens donc de faire une découverte scientifique majeure. La limace a un QI supérieur à 70. Gonflé par cette trouvaille, je me prépare à vivre une nouvelle vie enthousiasmante et pleine de découvertes, de rencontres, de passions peut-être même… on peut toujours rêver non ?
Un soir à la sortie des cours, je sors comme d’habitude par la petite porte de derrière, parce que le chemin pour rentrer chez moi est du coup beaucoup plus long : j’habite en face du lycée. C’est à cet endroit que tout à commencé. Ce soir là, il y a un drôle de bruit au fond de la petite rue qui donne sur la sortie, un bruit de voix. Mais une voix étouffée. Et des rires comme celui des hyènes. Des représentants de cette espèce animale pire que la limace se trouvent sans doute juste là, à quelques mètres de moi. Une nouvelle découverte pour la science à mettre à mon actif. Continue ta route Fab, t’as rien à voir avec tout ça. Allez, trace la route. Continue ton chemin.
Et je fais demi-tour pour aller voir. Pourquoi cet accès de témérité, je ne sais pas, et je me demande encore. Au lieu d’écouter cette voix qui hurle dans ma tête, je repense à cette respiration dans la cave, si proche, si loin. Si réelle, si seul.
Là, je me planque et je crie : « Qui est là ? ». Je me suis surpris tout seul par ma débilité, qui m’aurait valu au bas mot un prix d’interprétation à Cannes si tout ça avait été du cinéma. Mais je suis plus surpris encore de les voir tous détaler comme des lapins. Ne reste plus que la victime. Je m’approche, pour l’aider à se relever. Il est dans un pauvre état, les vêtements déchirés par endroits, le visage marqué d’un coté par le bitume du sol et de l’autre par une semelle de chaussure. Il fait peine à voir .Mais ce n’est que lui. Geoffrey. Du coup, je repars dans l’autre sens, et je rentre chez moi. Si j’avais su...
Catégorie :
Les cendres