3ème cendre / J-08
9/10/2008
Mais à ce moment précis, je ressens déjà mon corps se laisser envahir par une sensation nouvelle, terriblement agréable et grisante à la fois. Chaque petit atome de mon corps semble se contracter et produire chez son voisin la même chose, comme dans une ola vertigineuse. Ca se propage, de proche en proche, dans tout mon corps, un frisson électrisant. Je m’électrise.
Le lendemain, on fait tous les deux comme si de rien n’était, mais je le sens un peu gêné par la situation. Parce que lui aussi m’a vu la veille. Il sait ce qu’il me doit, et que ceci va tout changer maintenant. Que je pourrais tout dire, et qu’il perdrait son rang de maître limace.
D’une simple ombre je suis devenu une lumière. Vive et aveuglante, et il est pris par cette lumière comme un chevreuil devant les phares d’un camion. Et d’un coup, l’ivresse m’envahit. L’ivresse du pouvoir prend possession de chaque particule de mon corps…le pouvoir par une phrase de tout faire basculer, de le faire devenir ombre. Je brille. Je brille si fort et je pourrais briller tellement plus fort encore, et tout irradier. J’en profite et ne dis rien à celui qui va redevenir ombre. Je braquerai mes rayons sur lui plus tard, et il deviendra ombre. Plus tard, quand JE l’aurai décidé. Le pouvoir…
Comme d’habitude, je passe par la petite porte une fois la journée terminée, comme chaque jour. Sauf que je suis attendu. Il est là, l’air un peu crétin il faut dire. Te voici soleil mourant, te voici devant moi. Le pouvoir…
« Tu devrais pas traîner là, c’est plein de méchants garçons. »
« Je t’attendais. ».
Oui tu m’attends, jeune apollon. Je le vois bien que tu m’attends. Tu es la, à la limite de l’ombre et de la (ma) lumière, et ce contraste confère une certaine beauté, une beauté certaine à ce corps de sportif, dont l’habillage laisse apparaître des bras parfaitement dessinés et aux veines apparentes. Le reste de ce corps est tout aussi bien bâti, tes vêtements le laissent deviner. La nature t’a même gratifié d’un visage au dessin parfait de statue grecque. A quoi te servira ce magnifique corps, jeune apollon, une fois ma vengeance prise, et ton honneur perdu ? Que feras-tu de ces muscles et de ce visage une fois retourné dans l’ombre de ma lumière ?
Oui, tu m’attends, mais tu ne sais pas quand je déciderai de venir à toi et de rayonner… Le pouvoir.
Après quelques secondes, il réussit à dire ce qu’il a à dire, et c’est juste merci. Ce qui me troue littéralement le cul ; bien sûr il rajoute qu’il ne faut pas que je me croie d’un coup le roi du monde, et qu’il ne va pas non plus se mettre à genoux. Ignorant. Je suis la lumière, j’ai le pouvoir. Cette pirouette verbale est insignifiante. Jeune ignorant. En ce moment tu fais bien plus que te mettre à genoux, tu ravale ta fierté, juste pour me remercier moi, l’ombre de ta lumière, bientôt lumière de ton ombre. Je commence à briller.
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Les cendres