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 4ème Cendre / J-07 / Je commence à briller

12/10/2008

Mais voilà, je ne suis pas homme de pouvoir, et si j’ai entrevu l’espace d’un instant la possibilité de réduire à néant ce qui m’avait toujours donné la nausée, je ne suis pas homme de pouvoir. Pas de ce pouvoir là. Je me suis montré incapable de révéler la petite aventure de ce soir là, de balancer à la face du monde que leur si beau chef avait plié, et que c’est moi, farfadet de l’ombre, qui l’avait tiré de ce pas.

Bien au contraire, je l’ai laissé venir à moi. Régulièrement, il m’attendait après les cours quelque part sur mon chemin. Au début, c’était pour savoir pourquoi j’avais fait ça pour lui. Je ne savais pas que c’étai toi, tu pense bien que sinon…

Par la suite, il m’attendait pour en savoir un peu plus sur moi, qui avais eu ce geste si important à ses yeux. Ne vois-tu pas que je n’ai rien à raconter ? Ne vois tu pas que je suis une bulle vide, enfermée dans la cave de la maison du bonheur?

Au fil du temps, il venait parce qu’il appréciait ces moments sans fard, et petit à petit la haine laisse place au dédain, le dédain à la curiosité, la curiosité à l’intérêt, l’intérêt au copinage, le copinage à la complicité.

Petit à petit je commence à briller, mais pas à ses dépens, simplement avec lui.

        

Au bout de quelques temps, je me suis fait à l’idée que le type qui me connaît le mieux au monde est un mec que je déteste et que je devrais toujours mépriser. En fait, je suis ami avec un gros blaireau. Mais quand j’y réfléchis bien, je me dis que j’ai en fait une sacrée chance, personne ne sait ce qu’il y a derrière le masque de clown. Personne sauf moi. Et je me suis décidé à lui demander pourquoi.

         Il me répond tout simplement qu’il ne savait pas qu’il avait un autre côté que le bouffon, puisqu’il avait toujours fait comme ça. Petit, il avait souvent changé d’école, et il a vite remarqué qu’on a plus rapidement des copains en étant un peu caïd. Je me permets de rectifier sa phrase: en étant un peu con. Du coup, il a fini par se convaincre qu’il était vraiment comme ça. Il est le premier surpris de cet autre lui. Et il conclue en disant que finalement, les autres ne méritent pas de voir ça.

         Ça me fait un sacré choc. C’était une façon pudique de me dire que j’avais pris une certaine valeur pour lui. Ce qui ne m’était jamais arrivé bien entendu. Je crois que ça me fait peur.

Mais je suis un peu parano, je pense parfois que tout bien réfléchi, ça l’arrange bien. Il garde ses potes et n’a  pas à prendre le risque de voir son image considérablement descendue par le fait d’être pote avec moi, qui suis bien loin d’être le plus socialement en vue.

         Et puis qui me dit que tout ça n’est pas un plan pour m’achever par un gros coup de vache bien senti ? Qu’est-ce qui me prouve que le reste du temps, avec ses autres potes, il ne passe pas son temps à se foutre de moi, et à raconter des tas de vacheries sur moi ?

         Quand je ne suis pas parano, je suis en colère après Geoffrey. En colère parce que, au bahut, il prend un malin plaisir à faire comme si je n’existe pas, comme avant.

         Où alors je suis jaloux. Je lui en veux de ne pas me considérer assez bien pour mériter qu’il m’adresse la parole en public. Comme s’il doit à tout prix cacher qu’on est potes. Ce n’est pas comme si j’étais la copine moche qu’on cache pour que la bande nous épargne les moqueries. On est juste pote. Alors je suis jaloux.

         Bref, tout un tas de réactions carrément nulles, qui me font découvrir l’importance des amis dans une vie. Bien sûr, je n’en ai jamais dit un mot à Geoffrey. On ne sait jamais, des fois que mon côté parano se vérifie exact…

 

Il y a effectivement un truc que je ne sais pas encore à ce moment, et que je vais découvrir un peu plus tard. Par un simple devoir de français.

Catégorie : Les cendres

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