Blog
Votez pour ce site au Weborama

 5ème cendre / J-06 / Un simple devoir de français

15/10/2008

« Dressez le portrait de votre contraire.» Vaste sujet ! Mon contraire, c’est juste quelqu’un qui sait qui il est et qui est bien dans ses baskets. Pas besoin d’écrire tout un texte pour le dire ! Alors je dresse tant bien que mal le portrait de ce type en en rajoutant un peu, comme souvent, et en évitant de décrire quelqu’un de trop bien, ce qui voudrait dire que je suis trop mal, et que donc j’ai besoin d’aide, d’un psy par exemple. Parce que le psy, c’est très à la mode il parait. Je m’en tire finalement avec un névrosé.

        

Le jour de la remise des copies, la prof tient à lire un texte de la classe, qui a obtenu une note moyenne, mais qui est celui qui se rapproche le plus de ce qu’elle cherchait, sauf que moitié trop court et bourré de fautes… Ce n’est pas mon texte, bien sûr. Pas la peine de le dire.

 

« Pour décrire mon contraire, je ne vais pas parler d’une personne que j’ai inventée, mais je vais plutôt prendre quelqu’un de mon entourage.

Alors que je suis un gars tout ce qu’il y a de plus joyeux, ce type a une tronche de trois pieds de long la plupartdu temps. Le sport, ce n’est pas du tout son truc, et moi j’aime plutôt ça.

Cette personne est à mon sens la personne la plus courageuse que je connaisse. On ne peut pas dire que le courage m’étouffe.

C’est facile de faire le clown sans arrêt, pour faire plaisir, et parce que ça facilite les contacts. C’est un peu plus compliqué de prendre la défense de quelqu’un, en sachant pertinemment qu’on n’en tirera rien de particulier, à part peut être des ennuis.

C’est tellement simple d’utiliser sans cesse un masque pour cacher sa personnalité aux autres. Mais c’est bien plus dur et courageux de ne rien cacher, de ne pas se forcer à rire quand on n’est pas à l’aise dans ses pompes. Et rien que pour ça, je l’admire vraiment.

         Mais quand on y regarde de plus près, on n’est pas si différent en fait. Ce gars je l’apprécie vraiment, mais mes fréquentations ne l’aiment pas. Alors je l’ignore royalement toute la journée. De son côté ça n’a pas l’air de le déranger puisqu’il se comporte de la même manière et avec la même ignorance blessante. La différence est que je le regrette, et peut-être pas lui.

         Réflexion faite, je crois que l’on est exactement pareils, mais totalement différents sur un point, le plus important. Il ose être tel qu’il en a envie et tel qu’il est, et pas moi. »

 

         Tout le monde se demandait de qui pouvait venir un tel texte, qui était de l’avis général très beau. Mais personne ne s’est dénoncé. Du moins les premières secondes. Et puis il s’est levé pour récupérer sa copie, alors que la classe étouffait un cri d’étonnement. Geoffrey est retourné s’asseoir sans rien dire, et a rangé sa feuille dans son sac. Avec cet air couillon qu’on lui connaît si bien. Que je lui connais si bien.

         Mon sang ne fait qu’un tour.

 

Tags :

Catégorie : Les cendres

 6ème Cendre / J-05 / Mon sang ne fait qu'un tour

18/10/2008

« L'imagination la plus folle a moins de ressources que le destin. » Claude Aveline avait bien raison …

 

Je ne savais pas comment réagir face à cet évènement totalement inattendu. Et puis, ce fameux courage, il l’avait eu, il s’était levé pour récupérer son texte, en prenant le risque de casser le mythe. Il n’était donc pas si différent de ce personnage qu’il décrit. Qu’on est loin de la limace et de mon pouvoir.

Ce jour là, il avait dû décider de me tuer par crise cardiaque, et il a porté le coup de grâce le soir même.

        

Après un tel évènement, je ne m’attends pas à le retrouver après les cours, mais il est là sur l’escalier, comme d’habitude. Il me coupe tout de suite dans mon élan, en disant qu’il n’a pas envie de parler de ça. Je n’insiste pas. Alors on parle de tout et de rien. J’apprends entre autres qu’il n’a pas de frères et sœurs, que son anniversaire tombe la veille du mien, avec à peine deux heures d’écart, d’un côté et de l’autre de minuit,  que son père est médecin, et sa mère au chômage. En fait, je n’apprends rien, vu que je le savais déjà.

         Et puis finalement, la nuit tombant très tôt en automne, on décide de rentrer chez nous. Juste avant de partir, il me donne sa rédaction en me disant que la prof n’a pas tout lu.

         Après une douche et un repas très rapide, je me décide enfin à savoir ce qu’il y a que la prof n’ait voulu lire.

 

« J’aurais vraiment aimé ressembler à cette personne ou l’avoir connue plus tôt. Mais voilà, la vie ne se passe jamais comme on le voudrait. Cette personne si étonnante est vraiment réelle, et vous qui me lisez la connaissez également. Il s’agit d’un de mes camarades de classe, Fabrice. Étonnant non ?

Étonnant que deux types comme nous puissent s’entendre, n’est ce pas ? Cependant, il va falloir que je me décide un jour à tourner le dos au costume de clown que j’enfile chaque jour, et avoir le courage de ne pas en porter d’autres. Je lui dois bien ça. »

         Alors là, je ne sais plus du tout ni où je suis, ni ce que je dois penser. Je n’ai le courage de rien d’autre que me coucher. La nuit porte conseil.

Tags :

Catégorie : Les cendres

 7ème Cendre / J-04 / La nuit porte conseil

23/10/2008

Floc. Presque deux ans ont passé depuis cette journée. Dans quatre jours je serai majeur. Nous serons majeurs. Floc. Je me réveille d’un rêve où j’étais perdu dans un labyrinthe, avec cette voix de femme qui m’appelle. Il fait noir. Un noir au travers duquel aucun rayon de lumière ne transparaît. Floc. Aucun rayon de l’étoile du jour ne transperce ces murs, comme s’ils étaient faits d’antimatière, aspirant même les photons pour me plonger dans le néant. Floc. Allez Fab, force toi, tu vas bien sentir quelque chose, quelque indice pour te révéler où tu te trouves. Fais un peu attention à ce qui t’entoure. Floc. Rien du tout.

Je me lève pour traverser la pièce, si tant est que je me trouve dans une pièce. Floc. Je suis dans une pièce. La douleur soudaine sur mon front et qui commence à résonner dans tout mon crâne est bien réelle et provient de quelque chose de bien réel. Floc. Un mur. Un mur en pierre, dont l’une d’elle, assassine, ressort plus que les autres. Je fais demi-tour. Floc. Cette fois je tends les bras devant moi, on ne m’y prendra pas deux fois. Et après quelques mètres, je trouve un autre mur, toujours en pierre, toujours aussi froid. Floc. Je suis dans une pièce. J’en connais le contour, mais chacun de mes pas est toujours aussi hésitant, comme si le vide devait s’ouvrir sous mes pieds et que je n’ose les poser. Floc.

Cette pièce est désespérément vide. Quatre murs et moi au milieu. Alors je m’assois par terre, prenant encore plus de précaution que dans chacun des pas que j’avais faits auparavant. Floc. Je m’assois et prends ma tête entre mes mains. Où puis-je bien m’être réveillé. Geoffrey, rédaction, autre moi.

Tout commence à se reconstituer. Floc. Je me rappelle maintenant d’où j’étais avant. Avant de me réveiller ici. Geoffrey, rédaction, autre moi. Floc. Mais alors qu’est ce que je fais ici, seul ? Pourquoi je me réveille là ? Pourquoi ne suis-je pas en train de parler avec celui qui compte vraiment ? Floc. Et je suis où moi ?

         Je commence à apprivoiser ce vide. Combien de temps vais-je rester ici ? Floc. Est-ce que je suis sensé répondre à toutes ces questions tout seul ? Peut être que la réponse est cachée quelque part entre ses murs. Floc. Je deviens fou, c’est ça ? Mais qu’est-ce que tout cela veut dire à la fin ? Mon souffle d’accélère, mon cœur bat de plus en plus vite. Floc. Je vais commencer à manquer d’air si je ne me calme pas. Allez, Fab, tu dois te rappeler où tu es, et comment tu es arrivé là. Floc. Lui. Autre moi. Rédaction. Lui.

Mon cerveau est incapable de formuler la moindre hypothèse, ni d’échafauder le moindre plan d’évasion. Floc. Et cette obscurité qui commence à devenir pressante, comme si le vide était si lourd d’un coup. Lui. Autre moi. Rédaction. Floc. Lui. Je ne peux plus le contenir. Autre moi. Mon cœur s’emballe. Rédaction. Floc. Ma respiration devient suffocante, je vais manquer d’air. Lui. Je ne sais pas où je me suis réveillé aujourd’hui. Floc. Autre moi. Je ne sais pas où je vais mourir. Lui. Rédaction. Floc. S’il vous plait ? Lui. Quelqu’un peut-il me sortir de là ? Floc. S’il vous plait ? Autre moi. Il y a quelqu’un qui m’entend ? Rédaction. Floc. Lui. Au secours ! Floc. Lui. Aidez-moi, je vous en prie ! Floc. Lui. Autre moi. Rédaction. Floc… Floc… Floc…

        

Et soudain, je l’entends, je la distingue. Une respiration, là, juste à coté. Je peux la toucher. Je peux la sentir. Je peux toucher son propriétaire. Floc. Je ne suis pas seul. Mais il n’y a personne. Floc. J’ai toujours été seul. Floc… floc… floc… la respiration, le noir, lui, autre moi, le noir, lui, respiration…………

         Je me réveille en sursaut, trempé de sueur, le cœur battant la chamade. Ce n’était qu’un rêve. Encore cette cave.

Toujours seul.

Tags :

Catégorie : Les cendres

 8ème Cendre / J-03 / Toujours seul

24/10/2008

Il y a bientôt 18 ans maintenant, un beau petit d’homme est né, tout nu et très bruyant paraît-il.

         Je ne peux pas dire comment se sont passées les trois premières années de ma vie, défaut de mémoire oblige. Je peux quand même dire qu’elles se sont passées malgré tout, la preuve, c’est que je suis là pour en parler.

         Le premier évènement marquant de ma vie, il a eu lieu quand j’avais 4 ans. Je me croyais tout puissant, comme les super héros que je voyais dans les dessins animés. Et, si eux pouvaient sauter du haut d’un immeuble et retomber sur leurs pieds, je devais bien pouvoir survivre à la chute libre du haut de ma commode.

         Après une ascension laborieuse, je me lance. Et trois de mes dents se sont lancées elles aussi. J’en étais alors certain : pour être superman, il faut un dentier, comme papy.

         Suite à cette découverte cuisante, plus rien à signaler. Je ne risquais pas de faire des bêtises avec mon frère, puisque je n’en ai pas.

         Les 12 années de ma vie qui suivirent furent sans conteste les plus paisibles de mon existence. Aucun problème, aucun ennemi ; aucun ami non plus d’ailleurs.

         C’est plutôt compliqué d’aimer les autres tant qu’on peut, et finalement être l’ami de beaucoup, et de se rendre compte au bout du lot que personne ne vous renvoie véritablement l’ascenseur quand vous en avez bien besoin pourtant. Ce qui finalement a réussi à me blaser des humains alors que je n’avais pas quinze ans.

         Ce sentiment n’a pas changé du tout depuis. J’ai juste trouvé l’exception à la règle, voilà tout. Ma chère exception.

         Finalement ma vie ne mérite pas tant que ça pour que j’y consacre une semaine d’écriture. Je suis né tout nu et en braillant, et maintenant, je suis mal habillé et je ferme ma gueule. Finalement, tout est relatif.

Tags :

Catégorie : Les cendres

 9ème Cendre / J-02 / Tout est relatif

26/10/2008

Albert Einstein expliquait ce qu’il appelait relativité de la manière suivante. Prenons un train qui est en marche. Pour une personne sur le quai, immobile, c’est le train qui est en mouvement et qui défile devant ses yeux. Pour le passager bien assis dans son siège confortable mais usé de seconde classe, c’est le quai et le paysage qui sont en mouvement, et lui, est un point fixe. Alors qu’en est-il de ce contrôleur qui déambule dans ce train. Est-ce qu’il est en mouvement pour le passager ? Bouge-t-il pour le spectateur du quai ? Peu importe, à vrai dire. Il suffit de prendre de la hauteur pour voir que tous deux sont des petits points fixes sur une presque sphère qui tourne sur elle même et autour d’une autre presque sphère. Mais le tout est immobile et se déplace dans un ensemble plus vaste encore. Tout est relatif.

J’ai beau chercher, je ne trouve plus rien de ma vie qui mérite d’être raconté. Comme quoi elle a jusque là été une grande réussite, pleine de rebondissements… Une seule personne qui compte, un souvenir débile, le rêve où je suis dans une cave avec une respiration qui n’appartient à personne, et voilà tout. Je suis vraiment passé au travers, comme on dit.

         Je sens cependant que quelque chose manque. Comme une donnée essentielle qu’on aurait effacée à la naissance. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je suis bel et bien tout seul dans cette famille. Pas de frère, pas de sœur, pas de cousins, rien du tout.

         Bref, le bilan est vite dressé. Pas de vie familiale, une vie sociale limitée à un ami, et une vie sexuelle à deux expériences.

         Mais si je fais l’effort de regarder par l’autre côté de la lunette, les choses sont différentes.

         J’ai de la chance dans ma famille. Je n’irai pas dire que l’on m’y aime, mais au moins on ne me bat pas. L’ignorance ne fait pas mal. Si, au cœur.

         Je n’ai aucun problème pour me rappeler des dates d’anniversaire de 25 personnes, je n’ai que Geoffrey. Et il est né deux heures avant moi, de l’autre côté de minuit.

         Et pour ma vie sexuelle, je ne peux pas choper de ******ries, je ne fais rien.

         Mon dieu, Albert, ta relativité ne marche pas toujours. Il va falloir que je me trouve des raisons pour continuer.

Tags :

Catégorie : Les cendres
Créer un blog | Liens : Fonds d'écran gratuits | Avril Lavigne |  Contacter l'auteur